Charles Bourdette fait le choix d’une trajectoire anti-journalistique basée sur l’intemporalité et l’universalité. Sa démarche se rapproche en partie de la philosophie de Goethe, en ce qu’elle tend toujours à faire un meilleur avenir, avec des éléments amplifiés du passé. Sa vision est teintée d’une vive conviction selon laquelle l’Afrique a encore beaucoup à communiquer à l’Humanité au travers de l’art. Son travail est drapé d’une esthétique symbolique toujours très précisément recherchée. L’artiste dépoussière également de nombreuses références à d’autres civilisations du monde, et du passé. Par une alliance élégante entre ses cultures française et gabonaise, du baroque et de l’Art premier, du masquage mystique bantou au clair-obscur, Charles projette la création d’une mythologie méditative et fondamentale d’ampleur.
Les fondements de la production artistique de Charles reposent essentiellement sur un jeu éloquent de paradoxes vitaux. Ces concepts paradoxaux et donc a priori contraires, sont rarement appréhendés par l’artiste dans leurs alternatives antagoniques, mais l’artiste les utilise le plus souvent par paires complémentaires dans une logique d’addition plutôt que dans la logique antithétique courante du « versus ». C’est ainsi que dans son travail sont articulés la banalité et la gravité, la cristallisation et le mouvement, la spontanéité et le calcul- dans une sorte de chorégraphie improvisée de la chose représentée -, la personnalisation de sa production artistique et sa vocation universaliste (vis-à-vis de l’artiste, dans une forme d’intimité introspective de l’artiste lui-même, mais aussi vis-à-vis de l’observateur avec lequel le tableau communique), le quasi-liturgique et le profane (l’œuvre parle à l’initié et au profane), le son et le silence, la lumière et l’obscurité, l’occulté et le dévoilé, la symétrie et la dissymétrie.
Charles Bourdette s’inspire d’une pluralité étonnante de mythologies dans le monde, mais il opère aussi un travail quasi-philosophique de méditation sur la définition et l’écho de nombreux mots aussi simples que conceptuels. Ce travail analytique dépose sur lui le poids d’une volonté inlassable de jeter définitivement dans la matière le fruit d’une pensée persistante, qu’il s’agisse de brosser une toile (ce qui est pour l’instant son principal vecteur d’expression) ou par d’autres moyens plus créatifs les uns que les autres et sur lesquels il travaille déjà.
La production de l’artiste est caractérisée par la recherche d’une vérité universelle constante, quasi-mathématique (d’où l’usage de la géométrie sacrée et le travail permanent de recherche de liens solides et constants entre des éléments mythologiques et civilisationnels récurrents à travers le monde), mais aussi par une quête de l’harmonie picturale (attention portée aux positions des éléments humains et non-humains représentés, choix des couleurs, géométrie des scènes...) ainsi que de l’immuabilité et de l’intemporalité avec notamment, la prédominance de la nudité (dans le but majeur de détacher les éléments représentés de la ligne ordonnée du temps, et d’ainsi en réduire au maximum la prévisibilité temporelle).
Il faut ainsi en retenir que Charles Bourdette use des fruits de ses recherches pour atteindre une pertinence qui transcende les époques, mais aussi les frontières culturelles et civilisationnelles.